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 Etienne de PONCINS,

Ambassadeur de France en Bulgarie. 

1) Vous œuvrez depuis bientôt trois ans auprès de nos amis bulgares, comment la France est-elle aujourd’hui perçue en Bulgarie ?

R.  J’ai l’impression que la France est de plus en plus présente en Bulgarie, dans le contexte né de son adhésion à l’Union européenne. Je le constate, auprès de mes interlocuteurs – institutionnels, médias, société civile – que je rencontre quotidiennement : les autorités comme l’opinion publique bulgares s’intéressent de très près aux priorités et aux positions françaises. Nous apparaissons aux yeux des Bulgares comme l’un des deux pays qui comptent le plus au sein de l’UE, côte à côte avec l’Allemagne.

Comme vous le savez, depuis 2007, la France fait un retour remarqué dans cette partie de l’UE. La visite du Président Sarkozy en octobre 2007 a souligné fortement cette volonté qui s’est traduite dans l’accord de partenariat stratégique entre nos deux pays signé à Paris en juillet 2008. Il nous appartient maintenant de faire vivre ce partenariat et de lui donner un contenu réel et concret dans tous les domaines d’activité, politique, économique, culturel, coopération administrative, militaire etc. C’est l’essentiel de ma mission ici et le travail ne manque pas.

Je suis notamment interrogé sur les réponses que nous, Français, avons trouvées à certains problèmes-clés, tels que la lutte contre la corruption et le fonctionnement d’une justice impartiale et efficace. Les Bulgares expriment des demandes régulières d’expertise française dans des secteurs très variés (administration, environnement, justice et affaires intérieures, santé…), et c’est précisément l’une des principales missions de cette Ambassade que de favoriser l’échange d’expérience dans ces domaines. Pour ne citer que des exemples récents, nous avons été sollicités pour présenter notre législation dans le domaine de l’expropriation (pour la construction des autoroutes) ou pour le statut des magistrats et les règles de sanctions.

Dans le domaine culturel, également, la France tient une grande place dans le cœur des Bulgares, dont le pays est membre de la communauté de la Francophonie. En témoigne l’intérêt particulier porté par le public bulgare aux manifestations organisées par l’Institut français de Sofia dans les domaines de la musique – mise à l’honneur cette année avec la célébration du bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin, conjointement avec nos amis et collègues polonais –, du cinéma, de la danse, de la littérature… Je suis de plus ravi de constater à quel point mes amis bulgares connaissent la littérature française, dont une bonne partie des auteurs, notamment contemporains, sont déjà traduits en bulgare.

2) Parmi toutes les actions que vous avez menées depuis votre prise de fonctions à Sofia, si vous deviez n’en citer que trois, lesquelles retiendriez-vous ?

R. Tout d’abord j’invite vos lecteurs à se rendre régulièrement sur le site internet de l’ambassade (http://www.ambafrance-bg.org/). Ils y trouveront de très nombreuses informations sur l’activité de l’Ambassade. Ce site est maintenant mis à jour très régulièrement, y compris avec la mise en ligne de photos sur le site lui-même ou sur la page « facebook » qui lui est associée. Vous verrez que l’activité ne manque pas. J’invite aussi ceux qui s’intéressent à la relation franco-bulgare à s’abonner gratuitement, toujours à partir du site de l’ambassade, à nos deux « produits » phares : le revue de presse en français de la presse bulgare du jour (avec une interview publiée in extenso) et le « courrier de Sofia », lettre électronique mensuelle, qui donne un coup de projecteur sur telle ou telle facette de l’actualité ou du travail de l’ambassade.

Pour en revenir à votre question, difficile de faire un choix. Essayons cependant. Ma prise de fonctions d’Ambassadeur de France en Bulgarie a coïncidé avec un événement exceptionnel pour tous les Bulgares : le retour des praticiens bulgares, qui avaient été condamnés à la peine capitale en Libye, par l’avion présidentiel français en juillet 2007. Il restera évidemment un moment fort pour moi tant sur le plan personnel (quelle émotion au moment de l’arrivée de l’avion aux couleurs françaises !) que professionnel. Depuis j’ai noué des liens d’amitié avec les désormais fameuses infirmières et les voit régulièrement. Elles sont solides et sympathiques.

La visite du Président Sarkozy à Sofia en octobre 2007 est bien évidemment l’événement majeur suivant. Outre l’importance de son organisation, sa signification politique est considérable : premier déplacement d’un chef d’Etat français depuis François Mitterrand en 1994, elle a donné le signal d’un resserrement au plus haut niveau du dialogue entre nos deux pays, qui a été formalisé l’année suivante par la signature d’un partenariat stratégique.

En troisième lieu, je citerai la prise en charge par cette Ambassade des responsabilités liées à la Présidence française du Conseil de l’UE, au cours du deuxième semestre de l’année 2008, dans un contexte de défis particuliers au plan international et au plan économique et financier.

Et puis comme les trois mousquetaires étaient en fait quatre, je rajouterais un 4ème moment fort, celui de la commémoration du 20ème anniversaire de la venue du Président Mitterrand en Bulgarie en janvier 1989. Vous savez que cette visite peut être qualifiée d’historique puisqu’elle a marqué le premier craquement du régime totalitaire. Nous avons conduit ici de multiples initiatives autour de ces commémorations, y compris une semaine porte ouverte de la résidence avec des documents d’époque. Je n’oublierais pas la reconstitution du petit déjeuner avec les participants de l’époque, dont M. Dumas et le Président Jelev. La conversation était animée et chaleureuse.

3) En quelques mots, comment présenteriez-vous la Bulgarie aux Français qui ne la connaissent pas et qui sont désireux de la découvrir ?

R.  Comme un pays superbe et attrayant, avec un potentiel touristique important et diversifié, du littoral de la mer Noire aux chaînes du Balkan et des Rhodopes. Le patrimoine culturel bulgare, avec notamment ses magnifiques monastères et églises qui parsèment tout le territoire, est unique et d’ailleurs de plus en plus connu des Français.

Un pays également francophone, on l’oublie trop souvent. On trouve partout dans la société des Bulgares qui parlent un français parfait (ce qui ne veut pas dire que tout le monde soit francophone). Ils sont souvent issus des 48 établissements scolaires bilingues du pays.

Les conditions pour y implanter une entreprise sont également très favorables, y compris sur le plan fiscal avec un taux d’impôt sur le revenu unique à 10 % et un taux pour les sociétés également unique à 10 %. L’appartenance commune à l’Union européenne est évidemment un avantage essentiel pour tout investisseur qui s’interroge sur un projet bulgare car le contexte économique est clarifié. La main d’œuvre est bien formée et de bon niveau. La parité fixe avec l’euro est également un atout car le risque de change est limité, voire nul. Ce n’est pas par hasard que les investisseurs français intéressés par la Bulgarie deviennent de plus en plus nombreux, et que ceux qui y sont déjà présents ne se sont pas retirés du pays malgré la crise économique et financière.