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Philippe AUTIÉ,

Nouvel ambassadeur de France en Bulgarie.

Diplomé de l'École supérieure de commerce de Paris et ancien élève de l’ENA, promotion « Henri-François d’Aguesseau » (1980-82). Ancien sous-directeur du Budget et du contrôle (1992-94); délégué dans les fonctions de Directeur adjoint de l’Administration Générale (1995-97); Premier conseiller à Séoul (1997-2000); Premier conseiller à Washington (2000-04); délégué à l'administration centrale (Inspection générale, 2004-07). Directeur des affaires budgétaires et financières (2007-10). Il a présenté ses lettres de créance au président Parvanov le 15 novembre 2010.

1) Quelles sont vos premières impressions de Bulgarie ?

Je connaissais déjà la Bulgarie, pour m’y être rendu il y a 5 ans. C’est donc avec plaisir que je me suis installé à Sofia et que j’ai accompli en deux mois plusieurs déplacements en province : Varna, Plovdiv, et Bansko en fin d’année. Les merveilles culturelles et naturelles de ce pays sont uniques. A mesure que je rencontre des Bulgares, l’un des éléments qui me frappent le plus est la francophonie – de très bon niveau – d’un grand nombre d’entre eux, ainsi que leur attachement à plus d’Europe. Ma famille s’est également très vite acclimatée et est très heureuse de vivre en Bulgarie.

Sur un plan plus institutionnel, j’ai noué de très bonnes relations avec mes interlocuteurs officiels ainsi qu’avec les représentants des médias, même si mon programme de « visites de courtoisie » est loin d’être achevé. Le dynamisme de la diplomatie bulgare, notamment à l’égard du Proche-Orient, de l’Afghanistan et d’autres régions du monde, est très apprécié de la France comme des autres partenaires européens, et contribue à la visibilité et à la reconnaissance de la Bulgarie. Je dois souligner aussi le sérieux de la politique monétaire et budgétaire suivie, particulièrement significative dans un contexte où la gouvernance économique est plus que jamais à l’ordre du jour européen.

 

2) En ce début d’année 2010, où en sont les relations entre la France et la Bulgarie ?

 

Je reviens tout juste de Plovdiv : l’exposition d’une collection complète de sculptures d’Edgar Degas, que j’ai ouverte avec le maire, a attiré un nombre de personnes considérable, du jamais-vu depuis longtemps dans cette ville. L’exposition avait également connu un succès tout à fait remarquable à Sofia et à Varna. Cela montre, et je m’en réjouis, que la culture française reste considérée comme une référence incontournable.

La France et la Bulgarie ont une relation bilatérale forte, et qui est appelée à se renforcer substantiellement ces prochaines années. Depuis l’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN puis à l’Union européenne, nos deux pays partagent une communauté de destin nouvelle. Celle-ci a été formalisée, à l’initiative du président Sarkozy, par un partenariat stratégique qui encadre l’ensemble des domaines de notre coopération. La Bulgarie est en effet pour la France un partenaire-clé en raison de sa situation géographique, à la porte de l’Europe continentale, des Balkans occidentaux et du Proche-Orient ; en raison aussi de sa tradition de tolérance et de diversité, qui peut servir de modèle ; en raison de notre vision commune de nombreux dossiers européens et internationaux. La Bulgarie est placée au cœur des grands enjeux diplomatiques et économiques que sont l’élargissement de l’Union européenne, sa politique de voisinage à l’Est (partenariat oriental, synergie Mer Noire), son approvisionnement énergétique, la protection de ses frontières contre l’immigration illégale ou les trafics, etc.

Permettez-moi de dire un mot sur le dossier Schengen, qui fera l’objet d’une décision par le Conseil de l’Union européenne à l’unanimité : il est dans l’intérêt des Bulgares eux-mêmes que l’adhésion n’ait pas lieu de manière précipitée. Toutes les garanties que les frontières bulgares seront contrôlées de manière effective devront être réunies pour éviter un afflux de migrants illégaux à travers ces frontières. Nous connaissons les difficultés rencontrées, tout près d’ici, par la Grèce, qui concentre actuellement la majorité des flux d’immigration clandestine dans l’Union européenne.

Sur le plan économique, il est encourageant que, malgré la crise, les flux d’investissements français se soient maintenus. Ils ont atteint un pic en 2009, à 220 millions d’euros : la France a été l’an dernier le 4ème investisseur étranger en Bulgarie. Dans l’absolu, je reconnais que les échanges économiques entre nos deux pays restent trop modestes (la France est le 7e client de la Bulgarie et son 8e fournisseur). Des deux côtés, autorités bulgares et françaises sont déterminées à les voir progresser. Je suis heureux de l’arrivée récente de plusieurs grands groupes sur le marché bulgare, Carrefour et Veolia, qui vient de racheter Sofiyska Voda.

 

3) Quelles sont les priorités d’actions que vous avez fixées pour cette année 2011 ?

Le renforcement du dialogue politique bilatéral est évidemment l’une de mes premières priorités. Je travaillerai à la mise en œuvre et à l’actualisation de la feuille de route du partenariat stratégique dans tous les domaines. Dans le domaine de la lutte contre la corruption et la criminalité organisée, un défi sérieux à l’autorité de l’Etat dans le pays et à la sécurité de l’Europe (je pense notamment aux routes de la drogue), le gouvernement bulgare pourra compter sur le soutien de la France.

Mais j’aurai aussi particulièrement à cœur de favoriser l’intensification des échanges économiques, humains et culturels dans les deux sens. Un plus grand nombre de Français – notamment d’entrepreneurs – doit s’intéresser à la Bulgarie, un pays qui offre de nombreux facteurs favorables à l’investissement.

De manière générale, expliquer les positions françaises fait partie des principales missions d’un ambassadeur. Je poursuivrai à cette fin mes rencontres avec les autorités, les médias et d’autres leaders d’opinion.