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« La Bulgarie a besoin d’un Président actif »

 

Entretien avec G. Parvanov*,

Président de la République de Bulgarie

 (Cet entretien a été conduit par François Frison-Roche** au printemps 2003)

 * Guéorgui Sedefchov Parvanov est né le 28 juin 1957 dans le village de Sirichtnik près de la ville de Pernik (sud-ouest de la Bulgarie) et devient docteur en histoire en 1988. Il adhère au Parti communiste en  1981 et, jusqu'en 1991, travaille à l'Institut d'histoire du Parti communiste bulgare. Vice-président du Parti socialiste (PSB) en 1994, il est également élu député la même année. En 1996, il devient président du Conseil suprême du PSB (Réélu en 1998 puis en 2000 à une large majorité), fonction qu’il cumule avec celle de président du groupe socialiste à l’Assemblée. Le 4 février 1997, après le dramatique échec du gouvernement socialiste de J. Videnov, forcé à la démission (hyper-inflation, scandales financiers, protestations violentes dans la rue), il joue un rôle essentiel pour mettre un terme à la crise politique et permettre ainsi la tenue de nouvelles élections législatives. Candidat à la  présidence de la République, il est élu le 18 novembre 2001, au second tour du scrutin, avec 54,13 % des suffrages exprimés.

 ** Chargé de recherche au CNRS, Université Paris II (CERSA).

 Etre élu Président de la République à 45 ans est un redoutable défi, surtout quand on ne s’y attend pas[1] ! C’est ce qui est arrivé le 18 novembre 2001 au jeune historien bulgare Guéorgui Parvanov.

 Cette situation qui pourrait paraître banale ailleurs, l’est peut-être moins en Bulgarie car le Premier ministre n’est autre que Siméon de Saxe-Cobourg Gotha [2], l’ancien souverain du pays (1943-1946)[3] et le Président de la République le représentant d’une nouvelle génération de responsables d’un Parti socialiste qui s’appelait encore le Parti communiste jusqu’en avril 1990.

 C’est dire combien cette « cohabitation à la bulgare » intrigue les observateurs  car si la configuration politique est inédite et les acteurs manifestement plus habiles, le contexte socio-économique reste, lui, tout aussi difficile. Tout laisse à penser, pourtant, qu’après une dizaine d’années de transition chaotique sur le plan politique et économique, les Bulgares aient fait le pari du renouveau et de la stabilité. Renouveau politique, d’abord, avec l’arrivée de dirigeants « neufs », et surtout modérés ; stabilité, ensuite, avec le consensus affiché à l’égard de la poursuite d’une politique orientée résolument vers l’économie de marché et l’Etat de droit.

 Le tableau pourrait paraître idyllique. Certains vont même jusqu’à affirmer que les deux dernières élections de 2001 marquent la fin de la transition en Bulgarie et l’établissement d’un « système politique normalisé » à l’occidental.

 Le binôme formé par un Premier ministre libéral et un Président de la République socialiste dispose de quelques années pour réussir, ensemble, la gageure de renforcer la confiance internationale pour attirer les investissements, redresser une économie sinistrée et, surtout, assurer un « mieux-être » à une population dont l’immense majorité est à bout !

 Dans ce contexte particulier, que peut faire un Président sur qui pèsent de nombreuses contraintes ? La première est une « contrainte constitutionnelle » car les pouvoirs du Président de la République ont été limités par les rédacteurs (ex-communistes) de la Constitution de 1991[4]. Jusqu’à présent, les Présidents bulgares ont donc plutôt joué un rôle de régulateur, de médiateur, qu’un rôle d’acteur majeur du jeu politique surtout quand le Premier ministre dispose d’une majorité au parlement (ce qui est le cas de Siméon II).

 Dans ce cas de figure, le Président dispose essentiellement d’un pouvoir d’influence. Pour avoir une portée politique, ses actions ne peuvent être faites qu’avec beaucoup de subtilité car elles reposent finalement sur l’appréciation, positive ou négative, qu’en fera l’opinion publique.

  A cet égard, il semble que le Président Parvanov ait réussi à manifester des dispositions remarquables dès les premiers mois de son mandat…

Sans que l’on puisse y voir un lien direct de causes à effets, grâce à quelques discours adroitement ciblés [5] ou à l’utilisation habile de son droit de veto[6], sa côte de popularité est passée en 3 mois de 45,5 % à 58,8 % de « bonne opinion ». Au début de l’année 2003, elle avoisine désormais les 70 % [7] ! Il ne fait aucun doute que ce président ne restera pas « inerte » comme le fut son prédécesseur direct, le Président P. Stoyanov [8]. Malgré quelques dénégations de bon aloi, tout laisse à penser qu’il cherchera à élargir son champ d’influence pour exister au maximum sur la scène politique[9], quitte à bousculer les anciennes habitudes. Sa décision, fin août 2002, de créer directement auprès de la présidence un « Conseil de coordination pour la lutte contre la criminalité » [10] ou sa volonté de prendre l’opinion publique à témoin de façon théâtrale[11] entre manifestement dans cette stratégie d’expansion de son influence politique.

 Dans le cadre de l’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN, décidée lors du sommet de Prague en novembre 2002, la réforme délicate de l’armée lui donnera également l’occasion d’apposer concrètement sa marque[12].

 

A cette « contrainte juridique » s’ajoute ce que l’on pourrait appeler une « contrainte extérieure ». En effet, le consensus existant entre le Premier ministre, sa majorité parlementaire et le Président de la République, au sujet de l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne (UE) et à l’OTAN impose aux acteurs politiques bulgares de poursuivre avec persévérance des réformes structurelles qui sont douloureusement ressenties par l’électorat de chacun des protagonistes politiques.

 On peut se demander si les velléités d’action du Président de la République, sa volonté de justice sociale en faveur des plus démunis par exemple, ne se heurteront pas très rapidement aux limites fixées par les calendriers respectifs d’adhésion à ces deux institutions. On imagine mal certaines privatisations d’entreprises d’état ou certaines restructurations administratives[13], réclamées par le FMI, sans un accroissement substantiel du chômage. L’adhésion à l’OTAN, quant à elle, doit passer par une réduction du format des armées et, pour respecter les délais fixés, on évoque le licenciement à court terme de plus de 10.000 cadres de l’armée[14].

 Le nouveau Président peut-il s’opposer à ces diverses mesures et comment ? Sa marge de manœuvre est étroite car ce qu’il peut gagner politiquement, au plan intérieur, vis-à-vis d’un électorat angoissé mais versatile, il peut le perdre au plan de sa crédibilité extérieure vis-à-vis des principaux bailleurs de fonds et investisseurs que sont les Institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale), l’UE ou les Etats-Unis. A trop critiquer, la présidence bulgare pourrait risquer de se voir qualifier, pour reprendre une expression qui a fait florès en France lors d’une période de cohabitation, de « ministère de la parole ».

 Quant à la « contrainte intérieure », elle est d’autant plus forte que l’immense majorité de la population attend le redressement économique promis, synonyme d’emplois, de revalorisation du pouvoir d’achat et de « mieux-être » social pour certains quand ce n’est pas tout simplement de survie pour plusieurs catégories de la population (minorités ethniques, retraités, sans emploi, petits salariés).

L’électorat du Parti socialiste bulgare, essentiellement rural et vieillissant, ne sera plus en mesure de peser politiquement s’il n’est pas renouvelé. Le Président Parvanov ne l’ignore certainement pas et, en toute logique, il devrait briguer le renouvellement de son mandat en 2006. Selon certains connaisseurs du PSB, la stratégie du nouveau Président semble fixée : laisser le Premier ministre gouverner tant que le PSB n’est pas prêt à l’alternance. Bref, jouer le jeu de la démocratie.

 En réussissant à maintenir son fidèle et très jeune « second », Sergueï Dimitrievitch Stanichev [15], à la tête du Parti, le Président Parvanov a marqué un premier point pour garder ce que certains appellent déjà un « contrôle à distance » du PSB. Les résultats du 45e Congrès du PSB, tenu en juin 2002, laissent augurer le « virage social démocrate » du Parti, tant attendu par les socialistes européens. Si le Parti sait se montrer « raisonnable » au plan politique et continue à soutenir sans entrave l’encrage du pays aux structures euro-atlantiques, l’Internationale socialiste (IS) pourrait, alors, envisager avec bienveillance l’éventualité d’une adhésion[16] qu’elle lui a toujours refusé jusqu’à ce jour [17]. Ce label serait excellent pour l’image du parti à l’étranger. Au plan symbolique, il contribuerait à tourner la page du passé communiste.

 Certains signes encourageants ont été donnés de part et d’autre. Des contacts réguliers sont désormais établis[18], certains pays étrangers ont envoyé des délégations. De son coté, le PSB a fait en sorte de se séparer de l’une de ses factions les plus radicales, la « plate-forme marxiste »[19] et d’écarter quelques « figures historiques » de l’ancien PC qui donnaient encore au PSB des allures de « jurassik park » du communisme bulgare. Il reste, toutefois, à tenir à distance la tendance « affairiste » du Parti[20] et il ne fait aucun doute que les noms des dirigeants élus aux principaux leviers de commandes du Parti seront examinés avec attention par les responsables de l’IS. L’avenir montrera si ce 45e congrès marque l’aggiornamento du PSB.

 Participer de manière active (et crédible) au pouvoir sans donner l’impression de ruiner les efforts nécessaires de l’actuel gouvernement ; Assurer le renouveau de son parti en garantissant, vis-à-vis de pays occidentaux, le « consensus à gauche » sur l’adhésion à l’UE et à l’OTAN ; Ne pas décevoir un « noyau dur électoral » tout en cherchant à retrouver une influence sur des catégories sociales susceptibles de le soutenir à long terme. Tels sont quelques-uns des principaux enjeux de la présidence Parvanov. Les objectifs sont larges, à la mesure certainement des ambitions de ce jeune Président qui semble avoir un bel avenir devant lui. Tout dépendra de la hiérarchie des priorités qu’il inscrira à son agenda politique. Même s’il n’est plus membre des instances dirigeantes du Parti[21], il garde certainement le souci de sa reconstruction idéologique et de son implantation sociologique durable. Sa future réélection en dépend !

 Les observateurs étrangers notent, avec satisfaction, que le jeune Président a, jusqu’à présent, effectué un parcours « sans faute ». Il bénéficie, il est vrai, de l’attitude irréprochable du Premier ministre, Siméon-II. Ce dernier, loin de le tenir à l’écart des affaires de l’Etat susceptibles de le concerner, multiplie les gestes de coopération comme cela existe dans les pays d’Europe occidentale. Les éventuels (et probables) contentieux entre les deux institutions ne se dérouleront plus à la manière d’autrefois mais de façon négociée. L’attitude est suffisamment novatrice pour être notée. C’est d’ailleurs l’intérêt des deux protagonistes qui savent que l’opinion publique les observe et saurait éventuellement les sanctionner politiquement lors des prochaines échéances électorales comme elle a su le faire avec leurs prédécesseurs respectifs. L’avertissement a manifestement été entendu.

 

Après un très bref « état de grâce »[22] le Premier ministre[23], son parti (le MNS-II) [24] et son gouvernement[25] se sont heurtés aux dures contingences du pouvoir et à la rudesse des réalités économiques. En perte de vitesse dans les sondages[26] malgré quelques résultats encourageants et méritoires [27], le parti au pouvoir et le Premier ministre n’auraient rien à gagner à se tromper d’adversaire. Le Président de la République, au contraire, pourrait être un allié objectif en cas de nouvelles tentatives de déstabilisation politique ou de tempête sociale toujours envisageables.

 Sur le plan de la politique extérieure, la réussite de la visite du Premier ministre à Washington[28] n’a d’égale que celle effectuée à Moscou début juin. Sa rencontre avec le Président Poutine et le règlement positif de plusieurs contentieux[29] laissés par le gouvernement précédent de I. Kostov ont non seulement contribué à renforcer la stature politique du Premier ministre mais aussi à faire taire certaines des critiques du PSB. Il est encore trop tôt pour pouvoir tirer des conclusions sur la portée de ce « réchauffement » entre Sofia et Moscou. On constatera que les évolutions de la politique étrangère de Siméon-II rencontrent les orientations affichées du Président de la République. Ce hasard n’est sans doute pas fortuit.

 Le Président Parvanov a bien compris qu’il devait également se construire une « image » à l’étranger s’il veut contrebalancer, vis-à-vis de l’opinion publique bulgare notamment, la personnalité charismatique du Premier ministre qui dispose, sur un plan international, de nombreuses relations politiques et dans le monde des affaires. De nombreuses visites officielles ont été effectuées ou sont prévues tant aux Etats-Unis, où il s’est rendu début septembre 2002[30], qu’en Russie où il a séjourné du 18 au 20 du même mois accompagné d’une importante délégation[31].

 Désormais à la croisée des chemins, la Bulgarie ne peut plus se permettre les dérives politiques et économiques des premières années de la transition. Le Président Parvanov a 5 ans pour convaincre les Bulgares (et les chancelleries occidentales à Sofia) qu’il ne doit pas son élection au simple hasard d’un vote sanction à l’égard de son prédécesseur.

 

F. F. R. 

François Frison-RocheMonsieur le Président, en juin 2001, les Bulgares ont massivement voté aux élections législatives([32]) pour le mouvement de leur ancien Tsar, Siméon de Saxe-Cobourg Gotha, qui est logiquement devenu Premier ministre([33]). En novembre de la même année ils vous ont élu Président de la République([34]). Voyez-vous une contradiction dans ce comportement de l’opinion publique et, dans l’affirmative, comment l’expliquez-vous ?

Guéorgui Parvanov — La contradiction n’est qu’apparente. Je pense que dans les deux cas, lors des deux élections, les Bulgares n’ont ni voté pour l’histoire ni pour des idéologies mais se sont prononcés en faveur du pragmatisme et pour une politique réaliste, ce que nous proposions, Siméon de Saxe-Cobourg Gotha au moment des législatives de juin 2001 et moi dans ma plate-forme électorale en novembre de la même année.

 

F. F.-R.  Dans le cadre de votre mandat de 5 ans, quels sont vos principaux objectifs ?

 

G. P. — Il est bien sûr trop tôt pour établir un premier bilan. Dans une République parlementaire, les effets des actions du président ne peuvent être évalués directement dans un laps de temps aussi court. Notre vie politique est cependant très dynamique et les quelques mois qui viennent de s'écouler comptent évidemment. D’autant plus que l’année de mon entrée en fonction se révèle comme une année décisive pour notre pays.

Mes premières actions avaient pour objectifs d’affirmer la continuité de notre politique étrangère.  Ma visite de travail à Bruxelles et à Strasbourg, mes nombreuses rencontres avec les responsables de l’OTAN et de l'UE ont contribué à réactiver la réalisation de ces priorités politiques, et notamment l'adhésion à ces institutions. En même temps, j’ai mis à profit toutes mes prérogatives pour accélérer notre préparation à cette adhésion. Je suis persuadé que nos difficultés sont d’ordre interne et que nos efforts doivent être prioritairement concentrés dans ce domaine.

En qualité de Chef des armées, j’accorde une attention particulière à la réforme militaire. J'ai adressé un message au Parlement pour lui demander d'accélérer la préparation législative de cette adhésion. Je m’efforce, à travers les réunions du Conseil consultatif de sécurité nationale, de suivre systématiquement et d’encourager toutes les actions visant notre intégration à l'UE et à l’OTAN. 

Un autre aspect prioritaire de mon action est également l'affirmation de l’autorité de l’institution présidentielle. Dès mon entrée en fonction, je me suis attaché à confirmer ma position de président « au-dessus des partis », de président de tous les Bulgares. Il est très important pour moi de parvenir à renforcer le consensus sur les questions essentielles concernant le développement du pays, d'éviter les confrontations entre les diverses institutions et d'œuvrer pour la stabilité du pays.

Il est bien sûr évident que chaque président bulgare aspire, dans le cadre des prérogatives qui sont les siennes dans la Constitution, à imprimer sa marque. J'estime que la Bulgarie a besoin d’un président actif, qui apporte une contribution significative à la réalisation des objectifs nationaux, c’est-à-dire au bien-être et à la sécurité de ses citoyens, à la consolidation de la démocratie. Cet objectif constitue donc l'orientation principale de mon action.

 

F. F.-R.  Pour de nombreux observateurs, vous auriez avec l’actuel Premier ministre une sorte de « contrat non écrit » qui vous lierait l’un à l’autre de manière très étroite. Tous les deux, à vos postes respectifs, à court et moyen termes, vous avez une « obligation de résultat » vis-à-vis de l’opinion publique : l’obligation de réussir sur le plan économique et social et d’améliorer le niveau de vie de vos concitoyens. Si vous ne réussissiez pas dans cette mission, on pourrait imaginer les pires scénarios pour la Bulgarie et vos forces politiques respectives ne sortiraient pas indemnes de telles situations de crise. Que pensez-vous de cette analyse ?

 

G. P. — Il n'existe pas d'accord. Nous avons pris chacun des engagements vis-à-vis des électeurs. Ces engagements sont inscrits dans nos programmes électoraux, celui de mon parti et celui du Mouvement national Siméon-II. Parallèlement à la promotion de l’image de la Bulgarie à l’étranger et à la croissance économique, l'amélioration du niveau de vie de la population constitue bien sûr une mission prioritaire pour tout homme d'Etat bulgare. Un échec dans ce domaine provoquerait un vif mécontentement social. J’imagine mal cependant des dérives extrémistes. Les Bulgares n’ont jamais aimé l’extrémisme en politique.

Je voudrais encore ajouter ceci : si nous subissons un échec non seulement sur le plan social mais également sur le plan de la politique étrangère, si nous étions rejetés par l’UE, les extrémistes deviendraient peut-être plus bruyants ce qui ne veut pas dire, par contre, qu’ils auraient beaucoup plus d’électeurs. Ils ne disposeraient pas d’un appui social au point de devenir une menace comme ce fut le cas dans d’autres pays.

 

F. F.-R. —  Après 11 ans de confrontation politique stérile, estimez-vous que les partis politiques bulgares ont une maturité politique suffisante pour faire prévaloir désormais l’intérêt général sur leurs intérêts particuliers ?

G. P. —  Je pense, en effet, que cette confrontation entre les partis politiques est une des causes principales des échecs qui ont jalonné notre transition vers la démocratie et qu'elle leur a fait gaspiller beaucoup d’énergie qu'il eût été préférable de consacrer à des tâches plus constructives. Cette rivalité entre les deux principaux partis a pris parfois des dimensions d'une telle ampleur qu’elle devenait néfaste pour le pays et difficilement acceptable pour la majorité de ses citoyens. C’est le cas notamment de la confrontation, excessivement longue dans le temps, entre communistes et anticommunistes. Les résultats des élections parlementaires de 2001, comme ceux des dernières élections municipales partielles([35]), sont à cet égard très instructifs. Mes propres observations me conduisent à constater que les partis sont en train de devenir plus lucides et de se tourner progressivement vers les problèmes réels du pays et de ses citoyens. Je crains cependant qu’ils ne restent encore longtemps imprégnés de leurs approches négatives et qu’il ne leur sera pas facile de retrouver leurs positions perdues. Le grand problème est que de nombreux citoyens bulgares continuent à se détourner de la vie politique et ne se laissent plus mobiliser par des slogans idéologiques. Ils aspirent, en fait, à la solution de leurs problèmes.

 

F. F.-R. —  Monsieur le Président, en 1981, jeune docteur en histoire, vous avez adhéré au parti communiste et vous êtes devenu chercheur à l’institut d’histoire du Parti. Quelques mois après la chute du mur de Berlin, en avril 1990, le parti communiste s’est transformé en parti socialiste. Après le grave échec politique et économique du gouvernement socialiste de Jan Videnov vous avez été élu, en 1996, président du parti socialiste et vous l’avez réformé de l’intérieur. Fin  2001, vous avez été son candidat aux élections présidentielles et vous avez pris vos fonctions en ce début d’année 2002([36]). Certains commentateurs ont estimé que vous étiez désormais le symbole de la transformation et du rajeunissement du socialisme bulgare.

Existe-t-il un nouveau socialisme bulgare et en quoi diffère-t-il de l’ancien ?

G. P. Le point commun entre toutes les dates de cette chronologie précise réside peut-être dans mon aspiration, aujourd’hui comme avant 1989, à défendre la vérité. Plus concrètement, aujourd’hui nous avons un parti socialiste qui a subi des changements radicaux et dont le programme fut élaboré dans l’esprit de la social-démocratie européenne. Notre politique est fondée sur le principe du consensus national. La direction du PS regroupe de très jeunes gens dont certains sont encore plus jeunes que moi !

Comme je viens de vous le dire, nous avons opéré un changement radical et ce changement a été bien perçu par nos partenaires des partis socialistes européens et de l’International socialiste.

Pour ne pas qu’on me reproche de ne parler que de la gauche, je voudrais souligner également que je constate des changements radicaux dans l’espace de la droite. Au début de la transition, beaucoup de partis dans cet espace prétendaient être les successeurs directs des partis qui existaient il y a  40 ou 50 ans. Actuellement, la droite est, elle aussi, en cours de modernisation. Je crois qu’aujourd’hui nous commençons à avoir en Bulgarie des partis qui ont vraiment un aspect plus européen.

 

F. F.-R. —  En tant qu’historien, mais également en tant qu’homme politique, quels jugements portez-vous sur l’action passée du Parti communiste bulgare ?

 

G. P. — Dans l’histoire du parti communiste bulgare il y a eu de nombreuses erreurs et des crimes sur le plan politique mais il y a eu également des éléments, assez nombreux, qui sont positifs : la politique sociale et la participation de ce parti à la lutte anti-fasciste aux coté des forces démocratiques, par exemple. Mais je pense qu’il faut laisser l’histoire aux historiens et que les hommes politiques doivent moins regarder dans le rétroviseur.

 

F. F.-R. —  En tant qu’héritier direct, estimez-vous souhaitable, utile et nécessaire que le parti socialiste bulgare adresse des excuses au peuple bulgare pour les exactions commises par le parti communiste ?

 

G. P. — Lorsque le parti a changé de nom, il a hérité de tous les éléments positifs et négatifs, de tout l’actif et le passif du parti communiste. Le parti a formulé une évaluation de son action passée, très nette. Il a assumé sa responsabilité, sa culpabilité. C’était au début, au tout début de la transition. Moi, personnellement, à plusieurs reprises, j’ai abordé ce problème mais je considère que le passé de ce parti ne joue pas un rôle, ne joue plus un rôle auprès de l’électorat bulgare. Ce qui s’est passé lors des dernières élections en témoigne. Les électeurs s’intéressent plus à ce qu’on leur propose dans le présent et l’avenir qu’au  passé.

 

 

F. F.-R. —  Au cours de la campagne électorale présidentielle de l’automne 2001, vous avez insisté sur le fait que vous seriez un « président social ». Que voulez-vous dire par cette formule ?

 

G. P. —  La Bulgarie s'est engagée de manière irréversible vers l’économie de marché mais le coût social en a été très élevé. Toutes ces épreuves, la pauvreté, le chômage et le manque de perspective, affectent de larges couches de la population, voire des générations entières. De plus, les années à venir seront difficiles.

Aucun homme politique sérieux ne peut ignorer cette réalité d'autant plus que les questions sociales constituent un aspect essentiel de la stabilité politique d'un pays. Elles sont également du ressort du respect des droits de l'Homme. L'érosion de la cohésion sociale au sein de la société est un facteur d'accumulation de risques potentiels qui affaiblit la sécurité nationale dont le président est le garant. L'exclusion d'une grande partie de la population de services sociaux essentiels les prive de droits garantis par la Constitution. Cela concerne donc directement la mission du Président de la République. De ce point de vue, cela me conduit à être un « président social ».

Tout cela signifie qu'en tant que chef de l'Etat, élu au suffrage universel direct, je m'efforce de mobiliser tous les facteurs sociaux afin de trouver une solution aux difficultés de tous les Bulgares. L'objectif de toute politique, qui se veut responsable, est de créer les conditions nécessaires à l'accroissement du bien-être de la nation tout en garantissant l'irréversibilité des réformes à un coût social supportable. La dignité d'un homme d'Etat est de plus en plus évaluée, dans la situation actuelle, en fonction de sa sensibilité à l'égard des problèmes sociaux. Pour moi, c'est une part essentielle de la modernisation de la Bulgarie et de l'application du modèle européen de son développement.

Dans le cadre de mes prérogatives constitutionnelles je veux affirmer mes positions sur les questions sociales et je vais essayer d'imposer ce thème dans le calendrier politique. J'utiliserai et je continuerai à utiliser mon droit de veto quand on ira à l'encontre des droits sociaux de manière évidente. Je me réserve le droit de prendre des initiatives plus concrètes qui pourraient contribuer à la solution de ces problèmes sociaux récurrents, comme le soutien aux régions les plus pauvres et le soutien aux groupes sociaux les plus touchés.

Bien évidemment, il ne s'agit pas là de quelque bataille d'arrière garde pour n’assurer que des minima sociaux. En fin de compte, les problèmes sociaux ne pourront être résolus qu'avec une croissance économique durable. Mais cette croissance dépend dans une large mesure de l'engagement de la population, de sa formation, de son état de santé. Elle sera fonction inverse de l'exclusion sociale.

 

F. F.-R. —  Depuis votre élection, vous vous êtes déjà heurté à l’action économique du gouvernement. Je pense, par exemple, au veto que vous avez opposé, en avril 2002, à la loi sur les privatisations des entreprises d’état([37]). Certains commentateurs bulgares ont estimé que vos reproches étaient plus de nature politique qu’économique et juridique.

Votre veto, qui a gêné le gouvernement au plan budgétaire, était-il un signal à votre électorat ? Au-delà, avez-vous voulu signifier également au Fonds monétaire international que ses demandes de libéralisation rapide de l’économie bulgare n’obtenaient pas un consensus général en Bulgarie ?

G. P. — Le FMI n’avait pas d’exigences liées à l’aspect de la loi que je contestais. En ce qui concerne l’appréciation sur la nature de ce veto, tout est politique ! Il s’agit ici d’une politique économique et sociale. Je ne peux pas accepter que les ouvriers, les travailleurs dans une entreprise, ne puissent pas participer à ces privatisations et acquérir une part minimum du fruit de leur travail. Il existe différents types de privatisation. La privatisation par le marché n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Dans ce type de privatisation, on a d'ailleurs pu constater certaines infractions et il y en a même eu d'assez graves. Cela ne signifie pas que nous sommes opposés à la vente de ces entreprises. Je suis pour une privatisation accélérée mais je considère qu'une part doit pouvoir revenir aux travailleurs.

 

F. F.-R. —  Le 29 avril 2002 vous avez signé le décret de promulgation de la loi votée par la majorité parlementaire qui met un terme à l’action de la « commission sur les dossiers »([38]). Comme le Premier ministre, vous estimez que la page de la collaboration de certains bulgares avec les « services » doit être définitivement tournée ?

G. P. — Il s’agit de la loi sur les « informations classifiées » qui fait partie des exigences à remplir pour notre adhésion à l’OTAN. Seule une petite partie de cette loi est consacrée aux « dossiers ». J’ai toujours été du côté de la vérité et j’ai toujours insisté pour que la société connaisse la vérité sur la police politique et sur les collaborateurs de la police politique mais je considère, par contre, le démantèlement des services de sécurité dans leur globalité comme une erreur. Il est normal que chaque pays ait ses services de sécurité et la Bulgarie ne fait pas exception. Pour moi l’erreur c’est l’amalgame que l’on fait entre les collaborateurs de ces différents services. S’il y avait les « mouchards » de la police politique, il y avait également les personnes qui travaillaient dans les autres services et qui servaient leur patrie. J'estime donc que cette page doit être tournée.

Je voudrais encore ajouter que les gens, aujourd’hui, se préoccupent beaucoup plus des noms de ceux qui ont pillé le pays pendant les 10 ou 12 dernières années, -les noms, par exemple, de ces « millionnaires à crédit »([39]) comme on les appelle -, plutôt que de fouiller dans le passé.

 

F. F.-R.Certains ministres socialistes([40]) participent, à titre individuel il est vrai, au gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg. Dans quelle mesure cela signifie t-il que le parti socialiste soutient la politique de l’actuel gouvernement ?

G. P. — Il serait inopportun de ma part d’émettre des appréciations sur la politique des différents partis politiques. Votre question devrait être adressée à M. Sergueï Stanichev, président du Parti socialiste. Je voudrais cependant faire remarquer que, dans ces années de transition complexe et sans précédent, nous assistons à l’émergence de configurations et de phénomènes inhabituels et inattendus, dont la Bulgarie est un exemple en aucun cas unique. Vous trouverez une réponse concrète à votre question dans les comptes-rendus des discussions et des décisions du congrès du Parti socialiste.

 

F. F.-R. —  Comment appréciez-vous la participation du Mouvement pour les Droits et les Libertés ([41]) à l’actuelle gestion gouvernementale ?

G. P. —  Je considère que la participation, depuis 1989, du Mouvement pour les droits et les libertés dans la vie politique bulgare est un fait incontestablement positif. J’apprécie de la même manière son actuelle participation au gouvernement du pays. D’une part, elle constitue l’une des preuves du bon fonctionnement du modèle bulgare qui permet à toutes les catégories sociales de participer à la gouvernance du pays. Sur le fond de tout ce qui vient de se passer dans notre région, il m’est impossible de ne pas souligner le rôle stabilisateur de ce modèle. D’autre part, le Mouvement pour les droits et les libertés a démontré qu’il a acquis une expérience suffisante et un potentiel humain qui le rendent apte à la participation au sein des instances dirigeantes du pays.

 

F. F.-R. —  Abordons, monsieur le Président de la République, quelques questions de politique étrangère. Quel rôle souhaitez-vous pouvoir jouer dans ce domaine au cours de votre mandat ? En d’autres termes, estimeriez-vous légitime et efficace de vous démarquer, éventuellement publiquement, de la position de l’actuel gouvernement ?

G. P. — Mon rôle est défini par la Constitution. Je souhaite remplir ce rôle-là, ni plus, ni moins. J’espère que l'époque où il existait, d'un côté, la politique étrangère du gouvernement et, de l'autre, celle du Président est révolue. Pour moi, une telle divergence est inacceptable. Je tiens à la continuité de la politique étrangère et si nous avons certaines divergences avec le gouvernement il s’agit de détails et ceux-ci peuvent être résolus par les réunions de travail que nous tenons régulièrement avec le Premier ministre.

 

F. F.-R. —  Estimez-vous que la Bulgarie est économiquement et socialement prête pour adhérer à l’Union européenne ?

G. P. —  Je suis réaliste et j’apprécie à sa juste valeur le degré auquel se situe notre pays sur l’échelle du temps et sur l’échelle des indices objectifs requis pour son adhésion à la Communauté européenne. C’est d’ailleurs dans la perspective de l’intégration de la Bulgarie à l’Europe que certains secteurs économiques font actuellement l’objet de réformes très impopulaires et lourdes de conséquences pour la population. C’est le cas notamment des transports, du système fiscal, de la politique sociale. Nous sommes reconnaissants à l'Union européenne du soutien qu’elle nous accorde sur cette voie difficile.

Je voudrais en même temps souligner que, pour des raisons indépendantes de notre volonté, la Bulgarie a dû subir, pendant longtemps, les effets négatifs de divers facteurs, défavorables à sa préparation à l’adhésion. Pour cette raison, j’ai appelé nos partenaires ainsi que l’OTAN à adopter une approche politique plus large à l’égard de la Bulgarie en prenant en compte sa contribution à la maîtrise des conflits et à la stabilisation de la région, à la lutte contre le terrorisme, ainsi que les pertes qu’elle a dû subir en accomplissant ses obligations de membre de la communauté internationale. Je voudrais aussi évoquer ici le bon fonctionnement du modèle bulgare d’intégration ethnique et les succès que notre pays a réalisés dans le domaine de la démocratisation de la société et de l’économie.

Au sommet de Laëken, l’Union Européenne a envoyé des signaux politiques très clairs sur ses intentions d’accorder un soutien particulier à la Bulgarie. Ce soutien ne pourra être efficace que s’il est accompagné d’une nouvelle « feuille de route», définissant précisément les contours de « l’horizon visible » de notre adhésion : les délais de clôture de certaines « chapitres » des négociations concernant notre adhésion à l’UE, par exemple.

De plus, les pays candidats à l’Union européenne qui ne réussiraient pas à mettre à profit le "principe de rattrapage" devraient, dans ce cas, bénéficier d’une aide structurelle et d’une assistance financière afin d’éviter qu’ils soient trop devancés par les pays nouvellement admis comme membres de l'UE.

 

F. F.-R.La Bulgarie a accueilli le Pape Jean-Paul II. Quel bilan tirez-vous de cette visite ?

G. P. — Cette visite fut une visite historique. Non seulement parce que sa Sainteté le Pape Jean-Paul II est venu pour la première fois en Bulgarie mais également parce que sa visite a donné un signe très explicite de rapprochement entre l’Ouest et l’Est et entre les Eglises Catholique et Orthodoxe. Pour la Bulgarie, cette visite était d’une importance fondamentale parce que, lors de notre entretien en tête à tête, il m’a dit qu’il n’avait jamais cru à « la filière bulgare » ([42]). Il a toujours estimé que cette « filière bulgare » était une machination. Cette déclaration supprime la tache qui salissait le nom de la Bulgarie depuis 20 ans. Je pense également que cette visite du Pape a donné une impulsion nouvelle au retour de la Bulgarie en Europe.

 

F. F.-R.Selon vous, quel rôle la Bulgarie doit-elle jouer dans les Balkans ?

 

G. P. — Il me semble que la Bulgarie « joue » déjà bien son rôle dans les Balkans. Elle y est devenue un facteur de stabilisation, malgré la tension qui y est toujours présente et l’imprévisibilité des événements. La Bulgarie tente de générer une stabilité régionale et d’intensifier les efforts communs d’un essor économique et social en Europe du Sud-Est, dans la lutte contre le terrorisme et contre les nouveaux défis.

Bien évidemment, il existe encore des possibilités et un potentiel non explorés, qui pourraient accroître le rôle du pays dans la région. De ce point de vue, le développement des infrastructures régionales est une des orientations significatives à suivre. La Bulgarie doit  également se montrer plus conséquente et plus active dans la réalisation des projets déjà existants.

 Je suis persuadé qu’après l’adhésion du pays à l’OTAN et à l’UE, la Bulgarie sera en mesure de prendre plus de responsabilités et de jouer un rôle plus actif dans le processus de stabilisation et de coopération entre les pays de cette Europe du Sud-Est.

 

F. F.-R.Les accords d’Ohrid du 13 août 2001 sont-ils de nature à établir une paix durable en Macédoine ?

 

G. P. — L’année 2001 fut très difficile pour la Macédoine. Le chemin parcouru par toutes les communautés ethniques de ce pays pour parvenir à ces accords était semé d’embûches. Je voudrais particulièrement souligner le rôle décisif qu’ont joué les institutions européennes et euro-atlantiques dans la recherche d’un compromis et d’une solution aux problèmes.

Aujourd’hui, ces accords sont un fait. L’adoption et la mise en application de mesures d'accompagnement sont aussi un fait. Je suis convaincu qu’ils constituent une bonne base pour trouver une issue aux problèmes ethniques dans un esprit de tolérance et de compréhension réciproques. C’est maintenant aux institutions et aux forces politiques macédoniennes de se prononcer. C'est d’eux que dépend désormais la pérennité des accords. Je ne doute pas de la volonté et de la sagesse politique du président Traïkovski, qui en est devenu le garant.

 

F. F.-R.Selon vous, quelle devrait être l’orientation des relations entre la Macédoine et la Bulgarie au cours des prochaines années ?

 

G. P. — Je soulignerai d’abord le fait que la Bulgarie fut le premier Etat à reconnaître la souveraineté de la République de Macédoine le 15 janvier 1992 ([43]). Bien avant ses autres partenaires régionaux ou les diverses institutions européennes.  Depuis 10 ans, nous menons une politique de soutien à l’affirmation de sa souveraineté, de son Etat, de son intégrité territoriale et de son intégration au sein des organisations internationales. Il ne s’agit pas là d’une politique conjoncturelle, mais d’une politique qui correspond aux intérêts nationaux de la Bulgarie et à l’intérêt commun de sauvegarder la paix et la sécurité en Europe du Sud-Est. La stabilité de la région dépend de la stabilité de chacun des Etats.

Je voudrais encore ajouter que nos relations doivent être plus pragmatiques. Nos relations politiques sont excellentes, la volonté politique d’intensifier les contacts entre les deux pays est réelle de part et d’autre, mais ces liens doivent être renforcés dans le domaine économique et commercial, et bien évidemment dans celui des infrastructures. C’est une vision d’ensemble et je suis persuadé que, dans un avenir très proche, nous commencerons à en « récolter les premiers fruits ». 

 

F. F.-R.Quelle devrait être, selon vous, la nature des relations entre la Bulgarie et la Russie au cours des prochaines années ?

 

G. P. — Dans l'histoire bulgare contemporaine, les relations bulgaro-russes ont traversé plusieurs étapes. A certains moments, elles ont même été gelées. Certains dirigeants politiques bulgares considéraient d’ailleurs la dégradation des relations avec Moscou comme une sorte de « laisser passer » pour l’adhésion à l’UE et à l’OTAN. Les rapports qu’entretiennent certains membres des pays démocratiques avec la Fédération de Russie démontrent cependant le contraire. Prenons, par exemple, le dialogue actif qui lie la France, l’Allemagne ou la Pologne à la Russie. Il ne fait que confirmer l’idée que la sécurité dans l’espace européen est impensable sans une Russie démocratique, stable et active.

La voie vers l’adhésion à l’OTAN sur laquelle la Bulgarie s’est engagée, ne doit en aucun cas être envisagée comme étant en contradiction avec notre volonté de développer des relations normales, réciproquement bénéfiques, avec Moscou. Je pense qu’actuellement il existe, à ce sujet, une approche commune à toute l’élite politique bulgare. L’heure est venue aujourd’hui de mettre fin aux vacillements des relations bulgaro-russes. Elles doivent trouver un point d’équilibre et s’appuyer sur des bases réalistes et pragmatiques. Je ne pense pas que la Bulgarie doive chercher à mettre l’accent sur les différences qui séparent les deux pays. Bien au contraire, nous devons trouver des solutions rapides et réciproquement avantageuses aux problèmes existants.

 

F. F.-R.Qu’attendez-vous d’un pays comme la France ?

 

G. P. — La France est un grand pays. Ce ne sont pas là de simples propos de courtoisie. Aucun pays dans le monde ne peut ignorer Paris dans la planification de sa politique étrangère. Aucun homme politique sérieux ne peut nier l’influence politique de la France, ni sa contribution culturelle et intellectuelle à l’évolution de la civilisation européenne, ni d’ailleurs son engagement dans ce que certains appellent « la maison européenne commune ». La France est de plus un exemple d’attachement aux valeurs de la liberté et de la démocratie.

Je reviens à votre question. La France, au même titre que l’Allemagne, doit continuer à être le « moteur » de l’Union européenne, le moteur de l’unification. C’est un fait d’une très grande importance surtout à la lumière des résultats des élections présidentielles qui se sont déroulées chez vous. C’est la première chose que la Bulgarie attend de la France.

En deuxième lieu, notre pays espère un soutien très ferme de la part de Paris dans la réalisation de ses objectifs stratégiques, et notamment de son adhésion à l’OTAN et à l’UE.

En troisième lieu, je soulignerai la nécessité de relations bilatérales plus actives. Il n’existe pas de différends dans le domaine du dialogue politique entre nos deux pays. Je pense que dans le domaine de la coopération économique et commerciale, dans celui des investissements également, notre potentiel est très important, surtout en ce qui concerne la France.  

En dernier lieu, nous devons œuvrer pour supprimer tous les obstacles à notre dialogue dans le domaine de la culture, de l’art, des sciences et de l’éducation. Je reste convaincu que notre culture, qui a une histoire millénaire, n’est pas sans intérêt pour les Français. La Bulgarie est également membre de la Francophonie et continuera à participer activement à ses activités ([44]). J’ai confié à l’ancien Président Jelev, la mission de me représenter au sommet de la francophonie. Nous avons sur ce sujet une vision commune.

 

F. F.-R.Monsieur le Président, je souhaiterais également vous poser quelques questions sur la politique bulgare de défense et de sécurité. Au cours de la guerre en ex-Yougoslavie et des bombardements de l’OTAN en Serbie et au Kosovo, l’opinion publique bulgare était relativement hostile à l’OTAN. A l’époque, le parti socialiste bulgare, dont vous étiez le président, s’est opposé au Parlement aux accords de la Bulgarie et de l’OTAN. Aujourd’hui, l’opinion publique semble soutenir, dans sa majorité, le processus d’adhésion ([45]). Comment expliquez-vous ce revirement ?

G. P. — Nous sommes voisins des Serbes et il est tout à fait naturel d'éprouver à leur égard des sentiments de sympathie. Je suis persuadé qu'au début de ce nouveau siècle, la guerre ne peut plus être considérée comme un moyen de résoudre les différends. D'ailleurs, le sort de Milosevic a démontré que les moyens pacifiques avaient été les plus efficaces pour le combattre.

D’autre part, le parti socialiste bulgare est tout à fait cohérent dans sa position vis-à-vis de l’OTAN. Nous avons soutenu toutes les décisions du Parlement dans ce domaine et nous avons prouvé avec toutes nos actions que nous sommes pour l’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN. Nous avons soutenu également les actions du gouvernement de l'époque, l’envoi de détachements bulgares au Kosovo, la participation aux missions de la KFOR, de la SFOR ou l’envoi de troupes bulgares en Afghanistan. Nous avons donc adopté une position tout à fait raisonnable dans ce contexte. Si vous souhaitez obtenir plus d’informations à ce sujet, vous pouvez vous adresser à la direction du parti socialiste bulgare. Pour ma part, je préfère répondre aux questions d’intérêt national.

Je voudrais également rappeler que l’Union des forces démocratiques réclamait, en 1990, la dissolution simultanée du pacte de Varsovie et de l’OTAN. Vous voyez, une position peut toujours évoluer dans le temps.

 

F. F.-R.En matière de sécurité extérieure vous avez, avant de devenir Président de la République, converti le Parti socialiste bulgare à la poursuite de la politique d’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN. Or, au cours de la campagne électorale, votre Vice-président, qui est un ancien général de l’armée, a exprimé des positions beaucoup plus en retrait. Avez-vous des divergences de vue avec lui sur ce sujet ?

G. P. — Nous n’avons eu aucune divergence entre nous, ni pendant la campagne présidentielle, ni actuellement. Au cours de la campagne électorale, le général Marin ([46]) a toujours soutenu les positions que j’exprimais. Nous avons une position commune et nous sommes tous les deux pour une adhésion accélérée de la Bulgarie à l’OTAN.

 

F. F.-R.Ne craignez-vous pas que cette adhésion à l’Otan brise définitivement les liens privilégiés que la Bulgarie a pu entretenir avec la Russie ?

 

G. P. — Notre adhésion à l'OTAN ne doit pas être présentée comme une alternative à nos bonnes relations avec la Russie. Un nouvel accord a été signé à Rome entre l'OTAN et la Russie, c’est encore une preuve que l'Alliance Atlantique souhaite établir des rapports de coopération active avec ce grand pays. Je suis même convaincu que nos liens traditionnels avec la Fédération de Russie ne pourront qu'être un « plus » pour une Bulgarie membre de l'OTAN. Ce sera une sorte d'apport spécifique, national, à la politique de l'Alliance à l'égard de Moscou.

 

F. F.-R.Selon vous, quels sont les principaux avantages et les principaux inconvénients que la Bulgarie peut retirer de son adhésion à l’OTAN ?

 

G. P. — Les avantages sont nombreux mais je n'en évoquerai que les principaux : la Bulgarie sortira enfin de la « zone grise » de la sécurité européenne, de cet état de « flou stratégique » qui est le sien actuellement. Elle obtiendra des garanties extérieures, juridiquement définies, pour sa sécurité. Elle fera partie, de manière irréversible, de la zone où agissent les valeurs et les principes universels de la liberté et de la démocratie.

Elle sera un partenaire de plein droit lors de la prise de décisions concernant la sécurité dans la zone euro-atlantique. Elle aura également la possibilité de poser, suffisamment tôt, les problèmes de sécurité extérieure, d'influencer la prise de décision au sein de l'OTAN, et particulièrement quand ces dernières concernent la stabilité de l'Europe du sud-est. Il est aussi très important pour nous de pouvoir participer aux échanges d'informations et de coordonner nos positions avec celles des autres partenaires de l'Alliance en matière de questions internationales d'actualité.

L'adhésion à l'OTAN aura aussi des effets économiques pour notre pays. La politique bulgare gagnera en visibilité auprès des acteurs économiques internationaux et, de ce fait, la Bulgarie sera plus attractive pour les capitaux étrangers.

Du point de vue militaire, j'espère que l'Armée bulgare se rapprochera des standards occidentaux ce qui ne fera qu'accroître sa puissance et qu'accélérer sa modernisation technologique. Autrement dit, nos forces armées seront à même de réagir de manière plus adéquate aux défis de notre siècle, et de défendre avec plus d'efficacité notre sécurité.

Il est encore trop tôt pour envisager d'éventuelles conséquences négatives de cette adhésion. Je voudrais me réserver le droit de répondre à cette question quelques années après l'intégration de la Bulgarie au sein de l'OTAN. A l'heure actuelle, je ne peux qu'exprimer ma certitude que les conséquences négatives n'apparaîtront que si l'on défend de manière incompétente les intérêts de notre pays au sein de l'Alliance ou lors d'une utilisation inappropriée des mécanismes de prise de décisions.

 

 

 

 

[1] Quelques mois, voire quelques semaines, avant les élections tous les sondages donnaient le Président Stoyanov réélu.

[2] Fils de Boris III de Bulgarie et de Ioana, fille du roi Victor-Emmanuel d’Italie, Siméon de Saxe-Cobourg Gotha est né à Sofia le 16 juin 1937. A la disparition de son père en 1943, il monte sur le trône à l’âge de 6 ans. Expulsé par les communistes en 1946, il s’exile en Espagne. Le 28 avril 2001, il fonde le « Mouvement national Siméon II » et remporte les élections législatives du 17 juin de la même année. Il est élu Premier ministre par le parlement le 24 juillet et forme un gouvernement de coalition avec le parti représentant les minorités turques et musulmanes et certains membres du Parti socialiste.

[3] Voir notre article : « 800 jours pour réussir » (entretien avec Siméon II de Bulgarie), Politique Internationale, n°94, janvier 2002, pp. 269-282.

[4] A l’époque, le Président de la République était le philosophe dissident J. Jelev, créateur du principal mouvement anti-communiste. Ceci explique cela.

[5] Lors de sa visite à la Centrale nucléaire de kozloduy, le 9 avril 2002, le Président Parvanov a su très habilement exploiter politiquement à son profit une situation délicate pour l’actuel gouvernement. Cette centrale nucléaire de conception soviétique (mais pas de type Tchernobil comme on le lit parfois) produit l’essentiel de l’énergie électrique du pays. A la suite d’une décision des 15 Etats de l’UE, la Commission européenne a négocié en 1999 avec le précédent gouvernement la fermeture sur plusieurs années de ses différents réacteurs. Grâce à l’aide occidentale, toutefois, la sécurité de la centrale a été largement améliorée et les autorités bulgares souhaiteraient, en conséquence, repousser les limites fixées de son exploitation (selon le mémorandum, les 2 premiers réacteurs devraient être arrêtés avant 2003. Les dates de fermeture des 3e et 4e tranches devant être fixées ultérieurement. L’UE insiste pour que la fermeture définitive ait lieu avant 2006 alors que la partie bulgare réclame que le fonctionnement des tranches 3 et 4 soit poursuivi jusqu’en 2008 et 2010). L’opinion publique soutient largement (80 %) cette manifestation d’indépendance nationale. Dans son discours, destiné avant tout au public bulgare, le Président « recommande » ainsi, à trois reprises, au gouvernement de « convaincre » les 15 Etats membres de l’UE de la modernisation de la centrale pour qu’elle poursuive son activité au-delà du terme fixé.

[6] Le Président a opposé son veto, par exemple, à la loi de privatisation des « entreprises d’état » car certains articles priveraient les ouvriers et les employés des entreprises privatisables de la possibilité d’acquérir des actions de ces dernières. A la majorité absolue (art. 101-2 de la Constitution), l’Assemblée a repoussé le veto présidentiel et adopté définitivement la loi de privatisation. En l’espace de quelques mois, le nouveau Président à déjà utilisé son droit de veto à 3 reprises.

[7] Chiffres recueillis auprès de l’institut de sondages Gallup de Sofia. Voir également le site : www.aresearch.org.

[8] Le Président P. Stoyanov (1996-2001), avait été imposé comme candidat aux élections présidentielles de 1996 par le mouvement anti-communiste des FDU contre le président sortant, J. Jelev, pourtant fondateur de ce mouvement. Choisi pour ne pas faire d’ombre au futur Premier ministre, I. Kostov, le président Stoyanov ne fit preuve d’aucune envergure politique au cours de son mandat. Soumis à la majorité parlementaire, il ne saisit jamais, par exemple, la Cour constitutionnelle au cours de son mandat, ce qui lui fut sévèrement reproché au cours de la campagne présidentielle de 2001 quand il se présenta comme candidat « indépendant ».

[9] Dans le discours prononcé lors de sa prestation de serment devant le parlement, le 19 janvier 2002, le Président Parvanov a souligné qu’il chercherait tout d’abord à renforcer le prestige de la République et de sa nature parlementaire. Il a indiqué ensuite clairement que, s’il ne revendiquait aucun pouvoir supplémentaire, il ne tolèrerait aucune limitation de ses prérogatives et qu’il comptait bien utiliser celles qui sont mises à sa disposition par la Constitution comme proposer une réforme constitutionnelle, revaloriser le rôle du Conseil consultatif de sécurité nationale qu’il préside (dans le système actuel, les services de renseignements extérieurs sont subordonnés au Président et les autres services au gouvernement), réaffirmer son autorité de Chef des Armées ou être le garant de l’orientation de la politique étrangère du pays en fonction de ses intérêts nationaux. Il a par ailleurs indiqué que, dans son agenda, l’adhésion à l’UE était prioritaire et qu’il veillerait également au rééquilibrage de la politique étrangère bulgare en faveur de la Fédération de Russie et de la CEI.

[10] Les forces politiques qui ne soutiennent pas le Président de la République ne s’y sont pas trompées. Le Porte-parole de l’Union des forces démocratiques a ainsi dénoncé cette « tentative d’élargir de façon illégale la participation du Président de la République au pouvoir exécutif ». Si la présidente de l’UFD a participé à la première réunion, elle a indiqué, qu’à l’avenir, elle y enverrait un « expert ». Quant au MNS-II, il a envoyé une députée, membre de la commission de la sécurité du parlement.

[11] Le 31 août 2002 (la date n’est certainement pas fortuite), le Président Parvanov a tenu une conférence de presse « à l’occasion de la rentrée politique » dans laquelle il a vertement critiqué l’action du gouvernement. La presse bulgare a immédiatement fait le rapprochement avec une conférence de presse, tenue (jour pour jour) 10 ans plus tôt par le Président Jelev, qui avait précipitée la chute du gouvernement de l’époque.

[12] Dès la prise de fonction de son successeur, en juin 2002, l’ancien Chef d’état major des Armées, le général M. Mihkov, a rejoint le Président de la République en qualité de conseiller.

[13] La baisse dramatique de la natalité en Bulgarie depuis de très nombreuses années, l’un des taux les plus bas en Europe, a pour conséquence une chute du nombre des élèves dans les classes (les jeunes de moins de 19 ans seraient passés de 2.463.742 en 1985 à 1.820.254 en 2000). Le ministère de l’Education parle actuellement du licenciement de plus de 2000 enseignants alors que le syndicat CSIB avance le chiffre de 17.000.

[14] Plus de 7000 militaires ont reçu, mi-juin 2002, une lettre de licenciement à échéance de 6 mois.

[15] Sergueï Dimitrievitch Stanichev, âgé de 36 ans, est lui aussi docteur en histoire (1994). Il est également diplômé de l’institut des relations internationales de Moscou (1998) et de la London school of economics (2000). Elu député lors des dernières élections (2001), il prend la succession de G. Parvanov à la présidence du PSB après les élections présidentielles et vient d’être confirmé à son poste par le 45e congrès. Bulgare par son père, Russe par sa mère, il a renoncé à sa nationalité russe vers le milieu des années 1990.

[16] Il existe 3 catégories de membres à l’IS : « membre à part entière » (accordé au Parti social démocrate bulgare (PSDB), parti historique qui chercha à renaître après la chute du communisme), « membre observateur » (que le mouvement Euro-gauche [dissident du PSB, non représenté au parlement] a obtenu) et « membre consultatif ». Le PSB espère obtenir son adhésion en qualité de « membre à part entière » (au détriment du PSDB).

[17] Le PSDB (non représenté au parlement) a évidemment dénoncé, lors de son récent congrès, les tentatives du PSB de vouloir adhérer à l’Internationale socialiste.

[18] Le congrès du PSB a été retardé d’une semaine pour permettre à S. Stanichev de participer à la réunion de l’IS qui se tenait à Casablanca.

[19] Qui a décidé de rejoindre le Parti communiste bulgare « Georges Dimitrov », que l’on peut qualifier de groupusculaire, et qui n’est évidemment pas représenté au parlement.

[20] Quelques jours avant le congrès une députée, membre du Bureau exécutif du PSB, a souligné dans la presse que le Parti devait se libérer de ses rapports de dépendance avec le milieu des affaires car certains groupes exerceraient de très fortes influences sur les prises de décisions.

[21] La Constitution bulgare (art. 95-2) interdit au Président de la République de participer à la direction d’un parti politique.

[22] Dès le mois de février 2002, le gouvernement de Siméon-II a dû faire face à sa première motion de censure déposée par les Forces démocratiques unies. Celle-ci a été repoussée par 134 voix (MNS-2 et MDL) contre 50 (FDU) et 45 abstentions (PSB).

[23] Dont la cote de popularité ne cesse de chuter dans les sondages, passant de 77 %  d’opinion favorable lors de son élection à 36 % au début de l’année 2003. (www.aresearch.org).

[24] Le congrès constitutif du MNS-2 s’est tenu début avril 2002. Siméon-II en a été élu président. Il sera entouré de 4 vice-présidents, d’un Conseil politique de 19 membres et d’un Conseil national de 51 personnes. Dans une déclaration sur les valeurs fondamentales du mouvement il est indiqué, en substance, que le parti « partage les idéaux des Partis populaires européens » (PPE), qu’il est « conservateur sans être élitaire ; libéral mais à forte orientation sociale ; national sans être nationaliste ». D’après une récente étude sociologique (juin 2002), sur les 2 millions de Bulgares ayant voté pour le MNS-2 lors des dernières élections législatives de juin 2001, 900.000 proviendraient du mouvement anti-communiste des Forces démocratiques unies (« bleu »), 300.000 du PSB (« rouge ») et 800.000 « indécis » de ce que l’on pourrait appeler la « mouvance politiquement opportuniste » de l’électorat bulgare actuel. Sur ses 2 millions d’électeurs, le MNS-2 aurait perdu environ 240.000 « rouges », 60.000 « bleus » (qui seraient retournés dans leur parti d’origine) et surtout 900.000 sympathisants qui se déclarent désormais indécis. Il est intéressant de noter que les pertes les plus importantes concernent les personnes peu instruites et vivant à la campagne. Pour les spécialistes, se poserait alors le positionnement politique du MNS-2 qui semble disposer d’un meilleur potentiel de voix au centre et au centre gauche qu’à droite. Selon certains analystes, il ne serait pas étonnant que le Premier ministre, qui aurait plutôt eu tendance à se situer à droite sur l’échiquier politique, pourrait être amené, par pragmatisme, à se repositionner politiquement.

[25] D’après plusieurs sondages, l’indice de satisfaction à l’égard du gouvernement se stabilisait, fin 2002 - début 2003, autour de 25%. (www.aresearch.org).

[26] L’attitude positive à l’égard du MNS-2 est passée de 40 % en mai-juin 2001 à 31 % en février 2003. Si des élections avaient lieu (mars 2003), le MNS-2 ne recueillerait que 10 % des suffrages (11 % pour l’UFD et 22 % pour le Parti socialiste).

[27] Lors de son discours (04-02) devant le MNS-2, le Premier ministre a indiqué que le chômage avait baissé de 35.000 personnes et que la criminalité avait reculé de 16 % en un an (mars 2001-mars 2002). En juin 2002, la ministre du Travail et des Affaires sociales a souligné que le nombre de chômeurs bénéficiant d’une aide sociale a doublé depuis 1999 et s’est chiffré, en 2001, à environ 167.000 personnes (des Roms pour la plupart). A noter également la mise en place d’une véritable politique d’accompagnement social des plus démunis puisque les personnes le désirant se verront proposer des emplois dans des secteurs d’utilité publique. Les salaires et les cotisations sociales de ces personnes devant être pris en charge par le budget de l’Etat.

[28] Siméon-II a été reçu par le Président G. W. Bush en avril. Au cours de cette visite, le Premier ministre a exposé le plan bulgare en vue d’adhérer à l’OTAN qui prévoit notamment la destruction de 352 chars, 7 navires militaires et la fermeture de 122 unités militaires. Le 31 mai 2002, la Bulgarie a signé avec les Etats-Unis un memorendum sur l’élimination de ses missiles SS-23 dont le coût de destruction (5 millions de $) sera financé par les Etats-Unis.

[29] Outre son entretien avec le Président V. Poutine, Siméon-II a rencontré A. Koudrine, le Vice-premier ministre, ministre des Finances et président de la commission mixte Russo-Bulgare. Parmi divers accords, la Bulgarie a enfin signé une annexe à l’accord de 1995 sur le règlement des dettes réciproques. La Russie va donc rembourser à la Bulgarie la somme de 88,5 millions de $ (dont 49,5 sous forme de combustible nucléaire pour la centrale de Koslodouy). La Bulgarie s’est d’autre part engagée à accélérer l’enregistrement au nom de la Russie des biens immobiliers de l’ex-URSS en Bulgarie. Jusqu’à ce jour, le refus bulgare de signer un tel accord avait bloqué le remboursement de la dette russe à la Bulgarie. La presse bulgare rapporte également les propos du ministre russe de l’énergie nucléaire, A. Roumiantsev, selon lesquels la Russie participerait à l’appel d’offre pour la construction de l’éventuelle future centrale nucléaire de Béléné en Bulgarie. (On peut souligner à ce sujet que, dans un discours devant le MNS-2, Siméon-II a indiqué qu’il faisait du « dégel » de la construction de cette centrale une priorité de son gouvernement). En marge de sa visite politique, Siméon-II a également rencontré le Patriarche Alexis II.

[30] La Bulgarie, a été élue membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Président de la République a donc prévu de participer à la 57e session de l’Assemblée générale.

[31] Le Président Poutine a effectué, quant à lui, une visite officielle en Bulgarie en mars 2003 pour le 125e anniversaire de la libération de la Bulgarie du « joug ottoman » par la Russie. Il ne fait aucun doute que cette visite, hautement symbolique au plan historique pour la Bulgarie, sera également l’occasion d’observer la nature des relations que la Russie entend entretenir avec ce futur membre de l’UE (début 2007, selon toute vraisemblance, si la Bulgarie poursuit sa politique actuelle) malgré l’influence qu’elle souhaite conserver dans ce pays stratégique des Balkans.

[32] Aux élections législatives (qui se déroulent au scrutin proportionnel) de juin 2001, le MNS-2 a recueilli 42,73 % des suffrages (1.951.859 voix) et 120 sièges, les FDU : 18,17 % des suffrages (783.107 voix) et 51 sièges, le PSB : 17,14 % des suffrages (783.107 voix) et 48 sièges et le MDL : 7,45 % des suffrages (340.510 voix) et 21 sièges. La participation s’est élevée à 67,03 %.

[33] La procédure d’élection du Premier ministre est la suivante : Lorsque le Parlement s’est constitué après les nouvelles élections, le Président de la République consulte les groupes parlementaires et « charge le candidat aux fonctions de Premier ministre, désigné par le groupe parlementaire le plus nombreux, de former le gouvernement » (art. 99-1 de la Constitution).

[34] Comme en France, le Président de la République bulgare est élu au suffrage universel direct à deux tours. Le Président G. Parvanov a été élu au second tour du scrutin avec 54,13 % des suffrages exprimés (2.043.443 voix) (36,39% et 1.032.665 voix au 1er tour) contre 45,87 % (1.731.676 voix) à son adversaire P. Stoyanov. La participation fut de 41,76 % au 1er tour et de 55,09 % au second tour.

[35] Plusieurs élections municipales partielles, ayant valeur de test, ont eu lieu en Bulgarie au printemps 2002. Dans 2 grandes villes (Roussé et Blagoevgrad), par exemple, des candidats « indépendants » ont battu les candidats soutenus par les partis officiels. D’autre part, l’abstention a atteint des records puisque le taux de participation fut à peine de 26 % ce qui constitue, selon la presse, un sérieux avertissement pour les partis politiques avant les élections locales de 2003. Le PSB, qui a perdu ces deux villes importantes, n’a pu que constater que la dynamique créée à son profit lors de l’élection présidentielle était très vite retombée.

[36] La Constitution impose que les élections présidentielles aient lieu « au plus tôt 3 mois et au plus tard 2 mois avant l’expiration du mandat du président en exercice » (art. 93-5). Cette disposition explique que le président, élu le 18 novembre 2001, n'ait pris ses fonctions que le 19 janvier 2002.

[37] Voir note n° 5.

[38] Dès la chute du système communiste, la « gestion politique » de la collaboration de certains responsables bulgares avec l'ancien régime, et notamment les services de répression policière, a été au centre de très nombreuses polémiques et de très nombreux scandales. Depuis une dizaine d'années, tous les gouvernements ont utilisé cette arme avec plus ou moins d'efficacité politique soit pour détourner l'opinion publique de problèmes plus graves soit pour alimenter une confrontation nécessaire au maintien du partage bipolaire de la vie politique.  Le précédent gouvernement d'orientation libérale d'I. Kostov avait mis en place une « commission sur les dossiers », chargée notamment d'établir la liste des personnes compromises avec les divers « services ». Cette commission était sur le point de rendre ses conclusions.

[39] De nombreuses banques « privées » ont été créées dès le début de la transition sans que le pouvoir politique (qu'il soit de gauche ou de droite) essaye de les encadrer par une législation adéquate. Leurs objectifs n'étaient manifestement pas de faire fructifier les économies des épargnants ou de faciliter le développement de l'économie bulgare mais plutôt de procéder à des spéculations diverses et de « blanchir » de l'argent douteux. Par des procédures opaques, ces « banquiers » ont, par exemple, accordé sans aucune garantie des prêts considérables à des personnes qui sont ainsi devenues des « millionnaires à crédit ». Ceux-ci ont souvent disparu à l'étranger dès que le système bancaire a commencé à faire faillite lors de la grave crise financière de 1996 dont le gouvernement socialiste de J. Videnov fut responsable. Si le système bancaire est désormais assaini, les coupables de ces détournements de fonds considérables (et de la ruine des épargnants) n'ont jamais été arrêtés ou jugés, non seulement à cause de connivences politiques aussi diverses que variées mais également à cause de l'inefficacité globale du système judiciaire bulgare.

[40] 2 ministres socialistes ont participé, à titre personnel, au gouvernement de Siméon-II. L’un est Vice-premier ministre, ministre du Développement régional et des Travaux publics ; l’autre est ministre de l’Administration publique. Cette participation a, bien évidemment, soulevé de très vives critiques au sein du PSB. Après la démission du premier, il ne reste plus qu’un seul ministre socialiste au gouvernement.

[41] Le MDL est le parti politique qui représente principalement les minorités d’origine turque et musulmane de Bulgarie. Il est présent sur la scène politique depuis les premières élections pluralistes de 1990. Au second tour des élections présidentielles, il a soutenu la candidature du Président Parvanov.

[42]Après la tentative d’assassinat du Pape Jean-Paul II, la police italienne arrêta deux Bulgares soupçonnés d’être les commanditaires directs du crime, la « filière bulgare » était née. Dans son ouvrage (Bulgarie terre d’Europe. La politique de la Bulgarie post-communiste, (préface A. Lamassoure), éditions Frison-Roche, 1998, 216p), l’ancien Président J. Jelev (1992-96) évoque l’entretien qu’il eut avec le Pape lors d’une visite officielle au Vatican en décembre 1995. Mentionnant ces événements, le Pape lui dit : « s’il s’agit de la participation bulgare, elle doit être rejetée ». A l’époque, la presse bulgare avait largement commenté cette phrase qui disculpait la Bulgarie mais l’événement ne dépassa pas les frontières du Pays. Aujourd’hui, la véritable nouveauté réside dans le fait que cette information a été reprise par les médias internationaux. 

 

[43] Toujours dans son livre l’ancien Président de la République bulgare, J. Jelev, a fait le récit de la reconnaissance mouvementée de la Macédoine. Les lecteurs intéressés peuvent s'y reporter pour avoir le point de vue des autorités bulgares.

[44] La Bulgarie a adhéré au Mouvement des pays francophones lors du sommet de l’Île Maurice le 18 novembre 1993.

[45] Selon un sondage Gallup (fin 2002), 54 % des Bulgares sont favorables à l’adhésion à l’OTAN contre 17 %. 29 % indiquent qu’il faudrait poser des conditions à l’adhésion.

[46] Le général Angel Marin (62 ans) a été choisi comme Vice-président par le Président Parvanov et élu avec lui le 18 novembre 2001. Diplômé de l’école d’artillerie de Choumen (1965) puis de l’Académie militaire de Saint-Petersbourg (1978), il fut promu général (1991) et commanda les unités de missiles des forces terrestres de l’armée bulgare (1990-98). Il fut démis de ses fonctions par le précédent Président de la République, sur proposition du gouvernement de I. Kostov, pour avoir critiqué la façon dont la réforme des armées était conduite.